Yémen, de Sanaa à Seyun

Publié le 2/02/2008 à 12:27, Yémen
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YEMEN 

 

Sanaa

Dans un journal local je lis, l'évocation de la liberté de la presse, moins bonne qu'avant mais meilleure que dans d'autres pays arabes paraît-il, la contrebande des antiquités, le problème de l'eau dans les Emirats et au Yémen, la lutte contre la désertification, la terre intoxiquée par les fertilisants alors que les hommes le sont par les insecticides dont on arrose les arbustes de qat,

Il y est aussi question de la justification de la burqa par comparaison entre la femme yéménite et la femme occidentale ‘multipliant les partenaires’, ou des touristes qui sont de retour, notamment les Allemands –la présence allemande dans la restauration à Shibam, un autre article cite le LP comme étant relativement objectif sur la description du pays parce qu’il est écrit que le Yémen n’est pas plus dangereux que Manhattan,

La vieille ville à l'ambiance magique, les ruelles pavées, propres, l'harmonie des maisons de pierre pour les premiers étages, les derniers construits avec des briques de terre, la décoration en stuc comme du sucre glace, un cintre par dessus les fenêtres aux vitraux d’alabastre ou de couleur -ce qui donne un jeu de lumières le jour à l'intérieur, la nuit à l'extérieur.... l'intérieur décoré de niches, peint à la chaux pour rafraîchir et éloigner les moustiques, la salle principale pour recevoir les invités, assis par terre sur des tapis et des repose-coude, les coussins, la natte pour manger,

La bonne nourriture, mais il manque le fameux miel,

Le Musée militaire et la grande collection d’armes,

Un peuple de guerriers, le ‘jembie’ -sorte de poignard porté en virgule à la ceinture comme un symbole phallique ?, la sorte de djellaba –sorte de 'sarong' et le veston ‘occidental’, le châle parfois noué en turban,

Le qat occupant le temps de la majorité de la population et mâché de l'après-midi jusqu’au soir, déformant les visages -on stocke tout dans une joue, parallèlement on fume et on boit de l'eau -parfois de la bière?, on dit que 30% de revenu est dépensé pour le qat, la consommation du qat est sociale, entre hommes ou moins fréquemment entre femmes, il y a un effet stimulant, parfois des vertiges, parfois aphrodisiaque mais le contrôle social est strict -pas d’écarts conjugaux sous peine de vendetta …tout le monde n’aime pas le qat, des jeunes m'ont dit qu’ils en avaient raz le bol de cette mentalité,

Des gens me disent vouloir vivre simplement, au jour le jour, qu’on peut vivre aussi heureux comme ça,

Les yeux pétillants de malice du petit vieux m’offrant le thé au marché,

De beaux visages, mais qu’en est-il des femmes ? Seuls les yeux sont à voir, tous semblent identiques, je me sens observé sans pouvoir mettre une identité sur ces 'ombres' noires....je monte dans un taxi sans m’apercevoir qu’à l’arrière sont assises deux femmes en noir, comme rendues invisibles, des prof d'arabe et d'anglais, sans signe distinctif qui me permettrait de les reconnaître, le survêtement noir leur est bien utile, disent-elles, pas de harcèlement et des déplacements libres,

Des femmes souvent en noir, couvertes sauf les yeux, le sharshaf (?) a été introduit par les femmes turques au 16ème puis au 19ème siècle, c’était considéré au départ comme ‘fashion’, de nos jours on entend que cela protège les femmes des hommes étrangers à leur famille....on voit parfois des couples main dans la main mais madame reste voilée, on voit les femmes se faire la bise au travers du voile, parfois seules les lunettes individualisent certaines femmes qui peuvent profiter de l'anonymat que leur confère l'apparence uniforme, j’ai lu qu’elles savent tout sur la vie de leurs époux qui en retour ne savent rien sur elles,

Visite d'un hammam à la turque, je me fais frotter, décaper sans douleur, et en ressors tout propre, mais à 08h du matin j'étais tout seul, les gens commencent à venir après....il paraît que le vendredi jour férié c'est 'noir de monde',

Paraît qu’un film sortira bientôt à Cannes....’new day in old Sanaa’, reprenant le thème 'classique' de 'l'autre amour' -imaginé ?- que celui qu’impose la tradition,

Les jus de fruits frais, des guirlandes de mangues, des 'chewing-gum' à la myrrhe, du halva,

Les Peugeot vieilles de 40 ans,

Le contraste entre old Sanaa presque médiévale –‘biblisch’ comme l’ont dit des touristes allemands- et la Haddah street avec les magasins, les supermarchés, même si modestes, aux produits chinois etc.,

L'hospitalité des gens, le repas partagé dans un magasin de produits telecom,

La voix au téléphone de l'agence Emirates, qui me dit que ce n'est pas le pied de vivre au Yémen, question job, corruption, clanisme, mentalités, etc.......la représentante de Ethiopian airlines me dit qu'elle n'a encore jamais mis les pieds dans old Sanaa.

 

Haraz mountains

L'excursion avec deux touristes sympa de Munich, de belles montagnes,

Le chauffeur a deux épouses -deux appartements dans une maison- qu'il dit aimer de manière égale, lors de check-point routiers il annonce 'trois touristes allemands' et le soldat de griffonner qqch sur un bout de papier chiffonné,

L'appendice mural d’une maison percé laissant circuler de l'air et considéré dans le temps comme lieu de stockage au frais,

Les  cultures en terrasses pour le qat, le café, le blé, peut-être le paradis lorsque tout est vert après la pluie,

Les villages sont perchés sur les rochers pour économiser le sol cultivé et pour se protéger des attaques, la pierre rocheuse ou basaltique donne une grande harmonie, le ciel bleu comme arrière-fond, un superbe panorama,

Mais le tourisme laisse ses traces, 'pen, money, etc....' et les compagnons de voyage de distribuer des stylos par dizaines aux enfants,

Dans les champs des femmes travaillent, pas toutes voilées, et portent des robes colorées,

Les déchets dans les rues de certains villages, le Yémen y est aussi confronté,

Les touristes belges qui évoquent les nuits sous tente dans le désert, les possibilités de trekking dans les Haraz,

La visite de l'école en dehors des cours -le taux d’alphabétisation est d’à peine plus de 50%- a été construite avec l'aide des Américains, ce qui est plus ou moins apprécié, le prof d'anglais parle cette langue de manière à peine compréhensible, les jeunes ont comme cours la chimie, la biologie, la géographie –on voit une carte de la Palestine en classe, la physique, le Coran, l'arabe, l'histoire, les maths, l'anglais,

Un des touristes allemands, médecin, pense que les Philippins sont parmi les plus heureux du monde parce qu’ils ne cessent de rire,

Il paraît que l'île Sucotra est bien différente et superbe,

Je lis, la société yéménite est stratifiée, un peu comme des castes, la femme a le droit de prendre un amant en cas de longue absence du mari,

Sitôt après la naissance d'un fils –s’il y a une fille née avant, on attend que vienne au monde un garçon- les parents se font appeler non plus Mohammed ou Leila mais 'père/mère de X’,

L'encens et la myrrhe, des gommes résineuses, le café,

Les danses viriles à l’hôtel à Mukkalah avec chants, rythmes 2-1 -ou 1-2-3 ?- j’ai de la peine à le déterminer, les jeux d'adresse comme l’oeuf à 'souffler' dans un autre verre, etc,

L'article évoquant le langage gestuel chez les arabes, l'importance de la poésie, qadad (?),

Il paraît qu'en Syrie -et dans d'autres pays arabes, les femmes ne portent de loin pas toutes le voile, mais il y aurait eu un virage conservateur ces dernières années,

Dans les hôtels ce sont les hommes qui occupent les jobs en contact avec les touristes, le reste est fait ‘dans l’ombre’ par les femmes,

Le voile....voir sans être vu......protection ? voyeurisme ? liberté de l'anonymat ? Je m’interroge, les femmes sont-elles considérées comme menaçantes ? On leur ôte tout potentiel de séduction, les hommes pourraient-ils avoir un comportement bestial ? Aveu de faiblesse sublimé par la responsabilisation au travers du code d'honneur… tout changement passerait-t-il donc par la modification du comportement ou des schémas cognitifs masculins ? Je souhaiterais pouvoir parler l'arabe pour mieux comprendre,

On dit que le voile n'est pas obligatoire selon la loi, c'est une question se réglant au niveau de la famille....des jeunes m'ont dit qu'ils préféreraient voir les femmes non voilées.. voir une girl-friend se fait forcément à l'insu des parents et des autres susceptibles de les reconnaître,

Dans un illustré, il y a un article sur la ministre des Droits de l’Humain du Yémen, une battante, qui apparaît non voilée –ce qui lui a été reproché, et qui ‘souhaite changer la société patriarcale médiévale',

Il paraît que les femmes ont leur propre langue pour ne pas se faire comprendre des hommes,

On se marie le jeudi ou le vendredi,

Je lis qu'à Beyrouth il y a une chaîne News TV avec un show présenté par une femme sufi qui dit, en parlant des religions, 'we all have the same water, but drink from different cups',

 

Tarim/Mukkalah

Les 'palais' souvent laissés au quasi abandon, un style hétéroclite empruntant aux îles d'Asie et à l’Afrique,

A Mukallah, le port pour toute la vallée, il y fait très chaud, on est dans le sud, la couleur de la peau fait plus penser à l’Afrique ou à l'Inde, on porte le sarong, pas de jembie, de chemise ou de foulard, mais le qat est toujours là,

Dans les restaurants, les repas sont pris par terre, la nourriture dans un 'écuelle' est posée sur une natte.

 

Shibam

Dans la vallée de l'Hadramout, il y aurait eu une influence soufi -notamment anti-guerre, des liens avec l'Arabie, c’est une vallée oasis fortement cultivée,

La présence allemande -l'économie, la coopération avec des hôpitaux, la restauration des immeubles,

Une très belle 'ville' de 5000 habitants, la Manhattan arabe, tout en briques de limon -tout est poussière et retourne à la poussière- des bâtisses parfois colorées en jaune pastel ou blanchies à la chaux,

Des portes en bois -avec 'barres' transversales- alors qu'ailleurs ce sont plutôt des portes métalliques bleues, des maisons presque collées les unes aux autres, chaque étage a son affectation, un étage pour les femmes, un pour les hommes appelé mafraj -qui veut dire paraît-il chasser le chagrin et l’anxiété,

Dans le passé il y avait un rideau dans les chambres à coucher, il paraît que de nos jours ce n'est plus le cas mais on conserve la séparation des sexes, notamment lorsqu'on reçoit les étrangers,

Pas un chat se hasarde au dehors lors des chaleurs de l'après-midi, pas une goutte d'eau vendue, pas un restaurant ouvert, mais en fin de journée les enfants jouent dans la poussière, garçons et filles séparés,

L'impression d'une ville-musée, conservée pour les touristes -quelques rares magasins, ‘ovaltine’, la photo du président et de son fils, des boutiques de souvenirs avec notamment de beaux coffres...une maison a été transformée en musée, un bel usage du bois sculpté pour les fenêtres, les arcades ‘musulmanes’, les volets internes, les piliers, les portes,

Pour le café, aromatisé au miel, du gingembre et de la cardamome, il y a une vaisselle spéciale....mais par la suite, les gens ont préféré le thé.... pour le qat comme pour le café (?), les imams semblaient initialement opposés mais les gens l’ont quand même consommé,

Devant la ville, la grande esplanade sableuse, des enfants....un groupe de femmes la traverse, toutes habillées de noir, voilées,

Faut-il donner de l'argent à un enfant qui t'accompagne dans la visite du musée 'parce qu'il t'a montré le chemin' ? Faut-il donner des stylos à ceux qui les réclament ?

 

Seyun

Le mausolée en forme d'oeuf blanchi à la chaux,

Je vois un reportage sur le Pape, c'est le 1er avril, est-il décédé ?,

Dans l’hôtel, il est écrit 'arms are to be handed to the reception hotel, no arms allowed inside the hotel',

Dans le taxi, un homme me dit 'les femmes sont des roses, il faut les protéger'....il me dit aussi qu'on ne vit qu'une fois, que c'est le moment ou jamais d'avoir des enfants, ‘au travail’ dirait Woody,

Depuis la voiture, je vois quatre femmes vêtues de noir, un chapeau pointu en paille sur la tête, assises sur deux charrettes tirées par des bœufs (?).

Sur le chemin vers Sanaa, un impressionnant désert, tantôt caillouteux, tantôt sableux....des chameaux beiges ou 'bronzés' , des mirages qui font voir les monticules rocheux comme des îles pierreuses flottant sur l'eau, un vent souffle le sable dans le visage, l'air est sec, des vêtements amples font l'affaire avec cette chaleur, un futah plutôt que les pantalons,

A Marib où on s’arrête pour manger, on voit plus qu'ailleurs des gens -dont des bédouins paraît-il, leur kalashnikov en bandoulière.... le long de la route il y a une grande quantité de sacs en plastique, ayant contenu auparavant pour la plupart du qat....une quantité de check-points militaires aussi, des bouts de pneus éclatés le long de la route.... plus loin le 'empty quarter' désertique partagé entre le Yemen et l'Arabie Séoudite – depuis l'avion comme des ‘vagues’, et de près des ‘vaguelettes sur les vagues’,

L'ambiance agréable hormis quelques arnaques, un pays qui vaut vraiment la peine d'être visité,

 

Serait à voir aussi Suqotra qui paraît-il est l'objet de projets mégalos de pays arabes, à voir Shahrjah bridge, les temples et le barrage de Marib, le trek dans les montagnes après la saison des pluies, à voir encore Aden décrit comme 'free country' peut-être en raison du passé socialiste qui a donné plus de liberté aux femmes, on dit que ce n’est pas la même mentalité, un article signale qu'un certain Arthur Rambo (sic) y aurait passé, là-bas

Le Yémen, je songe aux minarets dans les villages, parfois juste une tour, comme pour une église, aux 'boites' en bois sortant des murs et au quadrillage fin permettant de voir sans être vu depuis la rue, aux femmes voilées, vêtues de noir et faisant leurs emplettes au souk, souvent par deux ou trois, aux  jardins cultivés dans la vieille ville de Sanaa, aux muezzin clamant leur appel à la prière tôt le matin ou le soir, au chant du malvoyant dans les escaliers du passage souterrain, à la poudre de lessive utilisée comme savon, aux cassettes musicales où le chanteur est habillé à l'arabe, au vendredi férié -ce n’était pas le cas au Pakistan ou en Ouzbékistan, aux habits traditionnels avec jembie interdits pendant le travail, aux vignes près de Marib,

Je me demande ce que pensent les femmes du qat mâché par les hommes tout l'après-midi, esthétique ?, une habitude ?…Et qu'en est-il de l’intimité conjugale pour un couple yéménite traditionnel ou moderne ?

Je me demande aussi si les femmes yéménites sont belles, je n'en ai vu que très peu, de ne voir que des yeux m'a irrité, après tout il y en a bien qui m'ont suivi du regard et je n’ai pu en faire autant, elles observent, le voile protège-t-il les femmes du jeu de la séduction ? Sans voile, quid du désir des autres et du leur ?

 

Retour à Dubaï avant de m'envoler sur Addis.... les Arabes ont leur djellaba claire, les autres sont habillés à l'occidentale......le staff dans l'avion Emirates est international, comme à l'aéroport... il y a des magazines évoquant des projets de trains, des initiatives économiques, ça bouge ici, l'Europe vue d'ici me semble fatiguée et sans projets, avons-nous vraiment tout ? N'y a-t-il plus rien à créer ?....Dans le magazine d'Emirates, un article sur le mouvement de sécession....le foisonnement intellectuel d'artistes venant de toutes parts d'un empire rigidifié ( ?),

Même en parcourant quelques coins du monde, je me rends compte que ma vision n'en reste que très très partielle....plus je découvre, plus je constate que le monde géographique, politique, sociologique, intellectuel, artistique, etc., est vraiment trop grand,

Séjourner dans un pays ressemble rarement aux cartes postales qu’on envoie…il ne faut pas oublier de considérer les facteurs tels que le climat, la période de la journée conférant la meilleure lumière, les pluies ou la sécheresse, la saison des fruits etc.

 


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