Chine, de Lijiang à Shanghai

Publié le 2/02/2008 à 11:51, Chine
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CHINE (suite)

 

Lijang

Dans le Yunnan, région du dit ‘paradis Shangri-la’, une adorable petite cité aux maisons en pierre et en bois, des petites fleurs jaunes sur les toits des maisons, envahie par les touristes Chinois se promenant dans les rues avec des boutiques de souvenirs tous les deux mètres, des femmes en costume se baladant, une corbeille souvent vide dans le dos, peut-être payées pour se promener… du pseudo authentique, vaut mieux se promener dans les ruelles périphériques,

Dans une galerie, discussion avec une jeune guide qui m’explique la société matriarcale de l’ethnie Mosu, et commente le culte très populaire de la déesse bouddhique de la miséricorde, statuaire ressemblant furieusement à celle de la vierge Marie,

La jeune femme se lance dans de grandes envolées sur Marx, Mao, Deng, les 3 figures importantes apprises par chaque écolier, mentionne son appartenance à la ligue communiste, disant que le travail personnel apporte plus que la religion dont on attendrait des miracles, puis elle semble se ‘relâcher’

....c'est par Internet, BBC, et Voice of America qu'elle connaît ce qui se passe dans le monde, 80% de la population n'est pas informée de certaines choses, on dit de Taiwan et du Tibet rien de plus que ce sont de belles provinces ou régions, elle dit que le gouvernement ferait mieux de dépenser de l'argent pour les pauvres et non pour les fusées,

Selon elle, Deng Xiao Ping n'est pas appelé timonier comme Mao afin d’éviter une colère populaire puisqu'il est accusé du massacre de Tian An Men… du monde extérieur, les Chinois apprennent  Napoléon, la révolution française, Lincoln.... la croissance économique ne serait pas aussi forte, depuis 1997, comme le prétendrait le gouvernement,

Il y a d'autres gens qui penseraient comme elle, notamment les étudiants, mais tout le monde se tait, le pouvoir de l'individu face à la pression de la masse est trop faible… elle rajoute que c’est normal que les Tibétains veulent l’Indépendance lorsqu'on sait comment les Chinois les ont traités, les minorités doivent lutter… un prochain voyage devrait inclure des provinces plus pauvres et non les grandes villes…a-t-elle dit ce qu'elle pensait ou ce que je voulais entendre ?,

La guesthouse pas chère avec 'mama' et 'papa', vieux couple avec qui l’on est aux petits soins.... j'ai froid la nuit mais c'est calme, enfin une autre Chine, moins mercantile, plus sympa, que je n'aurai pas assez vécue sauf par petites touches,

D'autres routards de passage.... les touristes se snobent parmi et je fais de même, me dit-on,

Route vers Kunming, onze heures de bus à laisser une fois de plus toutes les vertèbres au vestiaire, merci ‘voltarene’ et consorts, en chemin des villages –enfin- aux toits de tuiles et pentes "recourbées" à la chinoise, en pierre, brique, torchis, des peintures murales aux dessins fins, le vert des rizières et les bottes de riz alignées après la récolte pour séchage, beaucoup de petits lopins cultivés en terrasse, découpés pour laisser passer l’eau,

Le niveau d’éducation du citoyen chinois moyen semble maintenu volontairement bas par le gouvernement, impression ou réalité ?

Les commerçants qui comme par réflexe me lancent 'hello have a look', 'hello two kuai', ai-je le droit de seulement regarder ?… on me dit que la concurrence entre eux est acharnée, j’ai de la peine à répondre avec le sourire –s’énerver c’est perdre la face,

La pression à la consommation, c’est ça l’opium du peuple, on se pose moins de questions…il y a un fond sonore volumineux et constant, je le vis comme une aliénation, et qu’en est-il en Europe ?.

 

Kunming

Un passage éclair, quarante cinq minutes pour le chauffeur de taxi qui demandait son chemin à tout bout de champ,

La pharmacie qui me propose un aphrodisiaque lorsque je tente d'expliquer mon souhait d’acheter du ginseng pour ‘avoir de la force’,

Le quartier du marché aux fleurs, celui aux oiseaux, aux habits, etc.,

Les vieilles maisons délabrées, des briques, du bois parfois sculpté, du torchis, de la tôle, de l'herbe poussant sur les toits en tuiles, dans une cour des compteurs électriques et des extincteurs, des plantes vertes, des rez de chaussée sombres -on éclaire à l’économe, une cuisine, de rapides coups d’œil à la dérobade....la visite d’étrangers n’est pas la bienvenue,

Dans une ruelle, la musique romantique d’une belle chambre faiblement éclairée, beaucoup de peluches partout, la propriétaire -une courtisane ?, semblait absente… un quartier comme on souhaiterait en rêver....alors qu’eux rêvent peut-être de loger dans des HLM confortables, avec WC et tout le confort,

Depuis le train pour Guilin, coups d’œil sur la ‘forêt de pierre’, noyée dans le brouillard, sur les cosmétiques et les pastilles des dames, sur les palmiers, on est dans le sud, il fait plus chaud, Lhassa est déjà loin,

On m'a dit qu'en Europe aussi l'on crachait il n'y a pas si longtemps,

Quid de l’hospitalité ? Pas les commerçants qui harcèlent peut-être par nécessité économique…  ‘monsieur et madame tout le monde’ sont parfois terriblement gênés et partent  'no no' avant que je n’ai pu exprimer ma demande…il paraît qu’on ne veut pas perdre sa face et celle de la nation en péchant par ignorance, à Taiwan ça serait différent me dit-on,

Je ressens le besoin de boucler l'étape chinoise, reste la grande frustration de ne pas parler la langue, beaucoup de régions encore à découvrir,

Les nombreuses minorités ethniques -pour employer le terme consacré,  commencent à être exploitées comme sources de revenus touristiques.

 

Guilin

Une planche en bois comme matelas dans l'auberge de jeunesse toute neuve, j’aurai tout vu,

Dans un magasin de chaussures, j'essaie un petit 45 qui m'est trop petit......la vendeuse me tend un 44 ‘essayez-le, il vous ira’… je ne sais plus si je dois rire,

A la place de la gare, des gens se rassemblent au son d’un karaoké ou d’un rythme africain frappé au tambour, et pour tous les participants les mêmes mouvements -ou presque, jamais trop vite,

Le trip en bateau pour Yangshuo, joli paysage un peu noyé dans la brume, bambous poussant en 'bouquets', peu d'eau dans le fleuve, je discute avec une Chinoise venant d’une grande ville, peu à l’aise au milieu de ses compatriotes que l’on  voit écouter attentivement le guide, se bousculer pour prendre des photos, dormir après le repas sur la banquette, le guide parle sans discontinuer, expliquant quelles montagnes il faudra photographier, ce qu’il faudra reconnaître dans le relief, j’apprends que Bill Clinton n'a pas reconnu les 9 chevaux -c’est la raison pour laquelle il n'a pas été réélu président, alors que Deng en a reconnu 18, les 9 plus leurs ombres,

Elle me dit que les Chinois aiment être guidés, ils en ont au moins pour leur argent, ils ont l'habitude depuis tout petit qu'on leur dise ce qu'il faut faire –c’est l’éducation des enfants uniques surprotégés....ils ont choisi ce voyage puisque ce lieu est considéré comme un des plus beaux coins de la terre, on prend des photos, on achète des souvenirs, c'est important de pouvoir montrer cela aux amis,

Les passagers imaginent que la jeune femme est une guide que je paye grassement… on continue la causette, la révolution culturelle a démoli les 'old things, old thoughts, old habits, old traditions’ y compris la génération d'entrepreneurs qui fait maintenant défaut pour diriger les entreprises chinoises à l’entrée de leur pays à l'OMC.... les étudiants se désintéressent de la politique depuis 1989, les meilleurs élèves Tibétains sont invités à étudier gratuitement dans des villes de Chine en dehors du Tibet, et ils retournent au Tibet 'moulés dans l'esprit chinois', ce sont eux qui formeront les futurs cadres,

Elle me raconte que lors des années permettant le passage à l'université, les élèves dorment moins que les 8h obligatoires, il est courant d'aller aux cours 6 jours par semaine et même le soir, d'autres travaillent également beaucoup –je ne peux pas m’empêcher de penser à la quantité de gens en train de dormir dans le train, au comptoir, dans la rue,

Les coûts de la santé étaient, dit-elle, plus ou moins pris en charge par le gouvernement jusqu’à il y a 7 ans via les unités de travail, et depuis c'est au patient de prendre en charge 80% des frais à partir de 1500 yuan, c’est pour les pauvres une catastrophe......le prix de l'eau est bien plus cher pour les paysans en campagne que pour les citadins de Beijing, et les impôts de la campagne sont surtout utilisés pour les gros investissements par exemple les J.O. 2008, mais peu de gens le savent avant de l'avoir vécu dans leur chair, pourtant des profs universitaires en parlent sur les chats internet,

Les noms de certains pays ont une signification –par exemple pour la France, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, ce n'est pas juste une traduction plus ou moins phonétique comme pour la Suisse.....les Chinois apprennent les bases en histoire nationale et étrangère  mais peu sur les problèmes contemporains, et les journaux se censurent,

Elle me dit qu’il y a de plus en plus de Chinois enrichis de manière pas très honnête, qui ne sont pas 'éduqués' comme à Taiwan ou HongKong où on respecterait les règles et où l’on ne marchanderait pas constamment....on mange vite en Chine et on ne parle pas pendant le repas, pour ne pas risquer de cracher le riz,

La société chinoise devient une société du divertissement,

La Chine est la société de l'enfant unique, la jeune femme me raconte qu’elle est la seconde enfant et a été pendant trois ans 'inexistante' pour le gouvernement qui a dû accepter le fait accompli lors de la scolarisation,

Elle me parle d’un livre écrit par Ray Huang 'the year of non significance’ et ‘the macrohistory of china', il explique que la muraille de  Chine suit la ligne de pluviométrie de 15mm correspondant à la transition des pâturages aux cultures, il raconte aussi que la mesure de la consommation du sel permettait d'estimer la population,

‘Do you think the Chinese are happy?' me demande-t-elle, j'ai le sentiment que la vie n’est pas drôle pour la masse laborieuse et stressée, qui lutte pour sa survie et doit se faire sa place chaque jour,

Dans le train pour Huang Shan, je lis qu’on paye le tarif enfant si l’on mesure moins de 1.4m, dehors beaucoup de villages, des rizières et leurs canaux d'irrigation, la brume voilant le soleil

… un cimetière, le premier cimetière, de nos jours on préfère ou impose la crémation pour une question de place… j'ai le cafard, le train roule lentement, j'entends les voyageurs se racler la gorge en se brossant les dents, le personnel du train cherche à vendre snacks et diverses bricoles, il passe toutes les deux minutes, avec une voix de canard pour attirer l'attention des voyageurs,

Combien d’arbres coupés par jour pour fabriquer les baguettes à usage unique ?,

Tout ce que je ne comprends pas en ignorant l’écriture, les écrits de Confucius et Lao Tseu, les poètes, les contes populaires, le feng-shui, la notion d’équilibre....la ‘fascination’ pour l'ouest et son assimilation dans la culture chinoise.

 

Huang Shan

‘Shan’ veut dire ‘montagne’, ce lieu a inspiré beaucoup de peintres et de poètes chinois, beau en effet, mais pas donné vu le prix du téléphérique et le droit d’entrée pour admirer le paysage,

D’un des sommets -pic du lotus?- les touristes jettent dans le vide la clé d’un cadenas après l’avoir attaché au parapet, les couples à jamais liés,

On crie dans le haut-parleur, dans son portable, à son voisin, à chacun sa casquette, son bâton, son appareil photo pour garder en souvenir cette journée…romantiques, amateurs de calme et sujets au vertige s'abstenir......je figure sur une dizaine de photos, je reprends le téléphérique au câble autrichien et aux cabines suisses dans lesquelles passe une bande sonore –le silence aurait sans doute été pénible,

Les marchands de bibelots me harcèlent –ils n’ont peut-être pas le choix, il s’agit de survie économique, mais ça m’épuise,

Plus tard, en attendant le train, me voilà invité par des étudiants à rejoindre leur table au bistrot, 'ting bu dong' –‘je ne comprends pas’ mais sympa, bonne leçon d’hospitalité,

Dans les magasins, des échantillons à gogo de biscuits et de sucreries,

La bousculade continuelle, au guichet de la gare, devant les bus, les métros, chacun semble jouer des coudes pour sauvegarder sa place.

 

Shanghai

Ville trop grande, mais il y a des coins agréables, un fleuve, de l’océan, une ville très européenne pour son architecture, je m’y sens plutôt à l’aise,

La taille moyenne des gens est plus grande, beaucoup de gens maîtrisent l'anglais et sont souriants, certains visages sont charmants, ce qui n’est pas pour me déplaire, je respire ou presque, car le trafic est infernal,

Les très hauts buildings construits pour ‘économiser’ de la place, comment vit-on là-dedans ?,

L'hébergement à la pension du conservatoire, on entend chanter, jouer des instruments, de la musique classique occidentale, c’est agréable,

Dans l’agence de voyage que je consulte il y a un nombre impressionnant d’employés,

Le musée de Shanghai et les sourires des bouddhas, les pièces en jade et le parallèle avec les vertus, les masques religieux –notamment tibétains- présentés sous la rubrique ‘folklore’,

Je m’assieds chez le pédicure pour un massage des pieds, il complète la pédicure en m’enlevant la moitié des ongles sans quitter la TV du regard,

Le charmant couple aux portes d’un grand hôtel, de bien beaux visages,

L'exposition d'urbanisme et la fierté d’une ville en pleine effervescence économique et culturelle, rendez-vous à Shanghai pour l'Expo 2010 comme à Pékin en 2008,

Après plus de deux mois en Chine, je ne suis toujours pas capable de tenir correctement les baguettes,

Dans un journal ‘China Daily’, section économique, je lis que les Américains mettent l’accent d'abord sur l'aspect légal, puis le commercial puis le relationnel, les Européens sur le commercial puis le relationnel puis le légal, et les Asiatiques sur le relationnel, puis le relationnel…et encore sur le relationnel,

Le Musée d'art contemporain de la ville dont la biennale traite des thèmes comme le corps utilisé pour représenter des paysages typiques, l'opposition réalité-construction imaginaire, la spiritualité au croisement des religions, l'art 'socialiste' revisité -des larmes peintes sur un visage impassible,

L’espace Suzhou Creek, de l'art contemporain plein la vue, on croit ne plus être en Chine, ou parfois si, les allusions et les emprunts culturels sont différents,

Le Musée d’histoire de la ville, au sous-sol de la Pearl Tower, parcours de l’époque coloniale, 'le passé était humiliant, mais il faut en tirer le meilleur et regarder en avant', on développe le tourisme et on construit la Shanghai moderne.

 

Suzhou

Les canaux à la vénitienne -un peu du moins, les jardins, les roches, l'eau, la végétation et les constructions agencées pour créer chaque fois une nouvelle perspective, pour ne pas montrer d’emblée ce qui est important, l’équilibre -pas évident, entre espace et densité, les couches successives et la notion d'infini, le lotus symbole de pureté émergeant et croissant de la vase-, les pions ( ?) pour la longévité,

Les groupes qui déambulent, le haut-parleur accroché à la ceinture du guide qui sans doute explique ce qu'il faut voir et comprendre, des citations de poètes partout, parfois gravées dans la roche,

Quelques oiseaux, comme les fleurs, ça m’aura manqué durant ce périple chinois,

Le petit Musée de l’opéra, il n’y a pas d’explications en anglais, ce sont habituellement des maisons de thé servant de théâtre, deux visiteuses entament des chansons populaires sur la scène.

 


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