Tibet, de Lhassa à Gyantse

Publié le 2/02/2008 à 11:49, Tibet
Mots clefs : Tibet

TIBET

 

Lhassa

Dans l'avion, lu dans ‘China daily’, à propos des relations sino-russes, que la convention de Shanghai sert à combattre ‘le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme’, que l'industrie du chapeau suisse et britannique a été supplantée par les Chinois pour le marché du Moyen-Orient,

Arrivée à l’aéroport 'Lhasa aiport of china', aucune revue en tibétain au kiosque, un chinois me dit  'there are only 2 millions people, and with their living standard, they can not afford it',

Les maisons en pierre à deux ou trois étages  parfois recouvertes de chaux, trapézoïdes comme les cadres peints des fenêtres, au-dessus une sorte d’arcade avec un court ‘rideau' flottant comme des vagues, des portes décorées en fer forgé, du mobilier peint au couleurs vives, au motif floral ou animalier,

Le palais du Potala situé à la rue Beijing et entouré du quartier chinois, les drapeaux chinois flottant nombreux à côté des bouquets de prières, et ce même après la fête nationale, une ville sinisée,

Lhassa destinée à devenir une zone de développement économique, visitée par de plus en plus de touristes chinois, sans oublier la forte immigration,

Tension entre tradition -parfois utilisée comme toile de  fond pour les photos, et modernité uniforme –un même urbanisme dans toute la Chine, des mêmes magasins, etc....ou comment siniser ‘en douceur’ après les excès de la génération précédente....on divise le territoire tibétain en plusieurs provinces, on ne réserve qu'une petite partie pour les programmes TV en langue tibétaine, on instaure le régime des permis pour étrangers…la rencontre avec ce Tibet-là est pour moi difficile,

Le Musée de la ville présente le Tibet, la culture est considérée comme ‘riche, magnifique’, etc. -mais le Tibet est bien sûr une province chinoise....on y voit de magnifiques livres à la belle écriture tibétaine, un tangka –une peinture de 618 m de long qui se veut un résumé (censuré ?) mêlant la philosophie et la pensée tibétaines et des éléments darwiniens, occultant évidemment l'actuel Dalaï-Lama,

Devant une image représentant la roue de la vie, un moine discourt face à un petit public pendant plus d'une heure…des écoliers visitent le musée (en pleines vacances nationales) et bien qu’étant Tibétains, prennent des notes en chinois,

Lhassa, beaucoup de touristes chinois sont là se photographiant parmi tout azimut, très peu de personnes parlent anglais.... une illusion que de penser que les mains suffisent pour se faire comprendre, à moins de partager des banalités,

Le pèlerinage du Jokhang, lieu saint, les peintures du monastère aux multiples représentations de divinités bouddhiques, les fidèles venant de tout le Tibet se prosternant parfois à plat ventre, les moulins à prière, les fidèles portant souvent des copies des vestes ‘north face’,

Tout se fait par agence de voyage interposée, l'arnaque totale.... que faire ? Le voyage type routard a ses limites, lorsqu'on n'a pas d'explications du guide, lorsqu'il faut un permis pour voyager, lorsqu'il faut passer par une agence de voyage,

Il y a comme partout de jolis coins à découvrir, on aurait l’envie d’en voir toujours plus, est-ce le sens du voyage ?,

Le monastère Sera, un débat de moines, en public, ponctuant leur argumentaire du pied gauche et d'un clap des mains, sous les cameras des touristes, je me sens comme dans un zoo, je ne peux m’échapper, je suis un touriste comme tous les autres,

Pour quelle raison les moines se laissent-ils photographier de la sorte ? L’Etat y verrait-il un avantage ? Pourquoi ne photographie-t-on pas plutôt les ‘à côté' ?,

Le voyage rend-il plus sage, plus ouvert ? Percevoir ma ‘réalité’, c’est utiliser un ‘filtre’ à partir d’une construction identitaire occidentale,

Visite du stand de vente des médicaments tibétains d’une fabrique dirigée par des Chinois, ceux-ci semblent avoir en leurs mains l’économie tibétaine,

Partout marche le poste TV, le haut-parleur planté côté rue....déjà le matin, parfois des vidéos montrent de la musique populaire arrangée, parfois même de belles vocalises, envoûtantes et émotionnantes, et partout des tables de billard,

La petite vieille, dans un bistrot tibétain, qui voulait absolument me verser du thé au beurre de yak de son Thermos,

La mendicité, phénomène fréquent, bienfait pour le karma des donneurs ou bien conséquence d'une politique économique favorisant avant tout les Chinois immigrés ?

Les innombrables copies par exemple d'articles ‘north face’, le drill du personnel d'une grande surface -donc chinoise, c'est un pléonasme- et qui apprend à faire des courbettes devant les clients en leur disant merci ou quelque chose comme ça, une grande surface où tout est emballé, quid des déchets dans cette nouvelle société de consommation ?,

La maîtrise de la langue chinoise est essentielle pour obtenir un bon poste au Tibet,

La Suisse est populaire au Tibet, les personnes scolarisées savent qu'une communauté tibétaine s'y trouve,

Le Potala, magnifique bâtisse à l'architecture tibétaine superbe, à l’intérieur une overdose de bouddhas....deux visiteurs me font comprendre qu'ils souhaiteraient recevoir une photo du Dalaï-Lama, que je n'ai pas… les foulards blancs made in Nepal accrochés aux statues… il paraît que le Potala est le premier bâtiment à être éclairé par le soleil levant… le Potala devant lequel est tourné ce jour-là un film sauce western tibétain,

En voulant repérer le lieu de la prison, découverte d'un petit monastère inhabituel, de l'alcool à 40 degrés est offert à une divinité, les moines semblent en boire, aucun touriste en vue et aucun billet vendu, ça paraît plus authentique,

Passage rapide dans une fabrique artisanale de tapis, les femmes chantent en travaillant,

Passage rapide à l’université, la faculté des arts est plus chinoise que tibétaine, des cours de danse classique, de piano, de dessin, je reçois le prospectus présentant l'université aux étudiants étrangers, la version ancienne dit entre autres 'Tibet university has the vision to become a socialist modern national university with distinctive ethnic features', la nouvelle version n’évoque plus le socialisme et montre des photos avec des étudiants Han et Tibétains côte à côte, insistant sur le pourcentage -deux tiers- de prof tibétains,

Passage rapide à l’hôpital de médecine tibétaine, pas de patient, donc pas de traitement à voir, mais des thangkas dans la salle faisant office de musée,

La société tibétaine est considérée comme conservatrice, peut-on ‘s’adapter’ au  monde moderne sans perdre son identité tibétaine ? La religion comme un mur érigé pour lutter contre la sournoise colonisation des lieux et des esprits ?,

Le ‘tube’ qui me sort des oreilles et fredonné par les ados -au comportement international- dans le cybercentre, des ados passant des jours et parfois des nuits entières devant les jeux vidéos, ou au billard qu’on retrouve même dans les plus petits bleds.

 

Nam-tso et alentours

Un des lacs sacrés, d'un bleu superbe, pas d'habitation, une étendue de montagnes aux sommets enneigés et paraissant basses vu l’altitude du lac…enfin un moment de belle sérénité, les longues ombres portées au soleil couchant, le froid de canard, la bonne bouffe, le ciel étoilé et la voie lactée, la danse tibétaine sur fond de karaoké, les beaux visages aux pommettes rouges, le cordon rouge dans les cheveux autour de la tête, la tsampa -sorte de bouillie de céréales,

En chemin, les drapeaux de prière -notamment aux cols,  les plaines propices au pâturage, les terrains et les maisons entourés de barrières, l'agriculture parfois mécanisée mais en général à la charrue, et les foins à l'ancienne,

Au passage, j’aperçois la construction de la voie ferrée qui mènera de Lhassa à Golmud, les Chinois voudraient-ils montrer qu'ils savent mieux faire que les Suisses qui ont estimé ce projet peu réaliste ? Tous les moyens sont bons pour exploiter les richesses du sous-sol…Sur ce chantier il y a aussi des femmes astreintes à des travaux lourds,

Dans le groupe auquel je participe pour l'excursion, deux Chinoises –dont les copains sont Européens, et qui ne semblent pas informées de l'interdiction aux étrangers d'apporter des photos du Dalaï-Lama, l'une d'elle est néanmoins plus nuancée -elle veut étudier le droit et défendre les droits des minorités… peu de Chinois semblent avoir un avis critique sur leur pays, mais comment puis-je vraiement le savoir sans connaître leur langue ?

Visite de monastères à la spiritualité peu convaincante -était-ce parce qu’en raison des vacances nationales, la majorité des moines avaient regagné leur domicile ?

Les sources thermales à 40 degrés et les WC hyper ‘degueu’, la neige qui tombe le matin, la boue, les chiens,

Le temple avec les rangées de bancs couverts de tapis, les étoffes en bandes, les thangkas, les livres qui sont en fait des feuilles empilées recouvertes de tissu et coincées entre des plaques en bois gravé, la tsampa servie en visitant le petit domicile d'un moine, au goût très prononcé de beurre de yak, un peu écœurant,

L'automne dans les feuillus, superbe,

Les drapeaux de prière en guirlandes depuis les sommets, sur les ponts, en bouquets sur les toits des maisons, une légèreté constante puisque souffle toujours un vent plus ou moins fort,

Sur les murets des bouses de yaks à sécher, des branchages, du foin,

 

Shigatse

Le contraste entre l'architecture chinoise moderne type ‘catelles de WC’ avec sa succession de magasins, de larges avenues perpendiculaires, et celle tibétaine -à mes yeux plus originale, considérée comme 'old city' mais que l’on voit encerclée par les quartiers chinois modernes… c’est pareil à Lhassa,

Les inscriptions en caractères chinois plus gros qu'en tibétain,

Le sentiment que les Chinois font ‘comme chez eux’ au Tibet, mais aucun moyen de le vérifier puisque je ne parle pas chinois… sur quoi construit-t’on ses ‘vérités’, ses préjugés ?

Les Chinois me semblent être les ‘Américains de l’Asie’, un lien avec leur conception du monde et de soi ?,

La courte visite improvisée d'une maison de particulier, les tissus au plafond, les meubles peints ou sculptés, les photos du Potala et du Panchen-Lama, les thangkas,

Le monastère du Tashilumpo, siège du Panchen-Lama, les offrandes –des pièces d'argent collées au mur, de l’orge, des foulards, du beurre de yak liquide versé du  thermos, des stylos… les femmes marchant le dos courbé, parfois portant un enfant, les tabliers colorés, la svastika bleu-vert sur le sol à l’entrée du temple

… les peintures murales, les mandalas circonscrits au plafond, les statues de divinités à n'en plus compter, le son des cymbales, du tambour, de la cloche

… les sourires des gens, la frustration de ne pas comprendre le tibétain ni leur religion, les prières à haute voix des fidèles

… l'important brassage d'argent, le monastère, une entreprise philanthropique ou commerciale ?.

 

Gyantse

Gyantse, son panorama de plaine cultivée et de montagnes, le Choerten, le monastère et son antre à la divinité protectrice effrayante, les fidèles plongeant leur tête par dessous,

Le bouquet de drapeaux de prière au sommet de la colline et sur les toits des maisons, l'impression de légèreté de ce village, les vaches dans les rues, les écoliers marchant en silence dans l'aube à peine naissante, révisant leurs leçons dans des bouquins aux images 'Chine un grand pays',

La fausse liberté du voyage, on ne fait pas forcément ce que l'on veut....si ‘la souffrance vient du désir qui vient de l'ignorance’, s'agit-il, pour le mythe du voyage, parce qu’on ignore que presque tout se retrouve partout de par le monde ? Ou parce que l’on se nourrit de l’illusion de pouvoir comprendre le monde ? Le voyage n'apporte pas toujours ce que l'on souhaiterait -sans quoi le monde entier serait appelé à voyager,

Si la souffrance vient de la frustration que génère l'imperfection et qui engendre le désir d'un constant changement, alors quelles voies pour accepter cette condition humaine imparfaite ? Peut-être commencer par exprimer ses besoins et ses peurs, et faire confiance ? Tout un apprentissage,

En Chine, je perçois une tension entre une forte pression poussant à la conformité –la notion d’un espace privé est différente, on crie dans son portable -mais est-ce si différent chez nous ?....et un individualisme sous la forme du ‘chacun sauve qui peut’ -pas de gêne pour passer devant qqn au guichet, s’asseoir à la place de qqn d'autre etc.,

Je quitte le Tibet avec le sentiment que les carottes sont déjà cuites....je voudrais me tromper.

 


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